Société civile congolaise en péril : Fernandez Murhola plaide pour un Plan Marshall en faveur de la société civile de la République Démocratique du Congo
Dans une analyse pointue intitulée “La société civile congolaise en péril : De la crise des financements à la construction d’une autonomie durable”, Fernandez Murhola, membre du Conseil de Coordination du Forum Mondial de la Société Civile, a relevé les difficultés systémiques qui condamnent à ce jour la société civile congolaise à la disparition. Longtemps restées dépendantes des financements occidentaux, les OSC peinent aujourd’hui à décrocher les appuis financiers de leurs actions, d’autant que les maîtres à penser d’hier sont devenus aphones et ont tourné leurs regards ailleurs. Conséquence : la société civile congolaise est devenue orpheline ! Comme il le dit si bien, les créations occidentales finissent par être décapitées par leurs propres créateurs. Au départ, l’idée aurait été de canaliser les organisations dans une sorte de « prison dorée », financée à grands frais par les maîtres. Mais aujourd’hui, le vent tourne, la société civile se désintègre et ne comprend plus le modèle qui l’a façonnée. Fernandez Murhola pense donc qu’il est temps de repenser cette institution et de la transformer en une véritable Chambre de commerce civile, capable de créer de la valeur, de générer des revenus et de financer son développement et celui des communautés qu’elle encadre et accompagne. Le message est clair : passer d’une société civile entretenue à une société civile entreprenante, autonome et économiquement productive. D’où l’importance d’un Plan Marshall 2027-2030 en faveur des OSC de la République Démocratique du Congo.
Ci-après les principaux axes de son analyse :

Depuis la pandémie de COVID-19, suivie de la Guerre en Ukraine et de la suspension des activités de l’USAID, la Société Civile Congolaise n’a plus les moyens de sa politique ! Que faire pour surmonter cette épineuse préoccupation ?
La crise financière qui secoue la Société Civile Congolaise n’est pas seulement une crise des bureaux ou des projets : c’est une crise d’autonomie institutionnelle, de continuité démocratique et de capacité citoyenne. Les données récentes vont dans ce sens : Les OSC Congolaises restent confrontées à de faibles capacités financières et managériales, tandis que le financement local demeure très limité. Une étude de 2026 souligne notamment que l’absence des financements oblige beaucoup d’organisations de la Société Civile de la RDC à adapter leur mission et activités aux priorités des bailleurs extérieurs et non aux priorités de nos populations locales !!!
La réduction de l’aide internationale a également entraîné des fermetures des projets et programmes ainsi que la suppression des postes dans plusieurs organisations opérant en RDC.
Comment changer de paradigme ?
La solution ne devrait pas être de chercher simplement « un nouveau bailleur pour remplacer l’USAID », ce qui reproduirait exactement la vulnérabilité actuelle. Il faut passer de la : « Société« Société Civile financée par les bailleurs » à la : « Société Civile Congolaise financièrement diversifiée, économiquement viable et institutionnellement indépendante ».
Nécessité d’un pacte national pour la survie et l’autonomisation financière de la société civile congolaise
Dix grandes mesures me paraissent, souligne-t-il, très importantes pour redynamiser la vie institutionnelle de la Société Civile de la RDC. À savoir :
1. Créer un Fonds Congolais pour la Société Civile : Il s’agit de créer un Mécanisme National, indépendant et transparent destiné au financement des OSC. Il pourrait être alimenté par une contribution publique inscrite au budget national ; des contributions des entreprises et fondations privées ; la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ; la diaspora Congolaise ; les fondations africaines et internationales ; les institutions provinciales ; les mécanismes de financement climatique ; les financements multilatéraux; .etc
Le principe essentiel serait : l’État contribue, mais ne contrôle pas politiquement le Fonds.
2. Créer un mécanisme fiscal d’incitation au financement de la Société Civile : Il faut transformer les entreprises congolaises en partenaires du développement citoyen. Une entreprise qui finance légalement une organisation répondant à des critères de transparence pourrait bénéficier d’incitations fiscales ou parafiscales. Cela permettrait de développer une véritable philanthropie congolaise.
L’étude récente sur l’environnement des OSC en RDC relève justement l’absence d’une stratégie nationale cohérente combinant financement local, incitations fiscales et renforcement des capacités.
3. Créer des « Maisons de la Société Civile » : Toutes les ONG n’ont pas besoin d’avoir leur propre immeuble. Dans chaque province, on pourrait créer une Maison provinciale de la Société civile, comprenant : bureaux partagés ; salles de réunion ; connexion Internet ; bibliothèque/documentation ; espace de formation ; secrétariat administratif ; services comptables mutualisés ; équipements informatiques ; studio audiovisuel ; espace de visioconférence.
Une organisation pourrait ainsi disposer d’une adresse institutionnelle professionnelle sans supporter seule un loyer exorbitant.
4. Mutualiser les fonctions administratives : C’est probablement l’une des solutions les plus immédiatement applicables. Plusieurs OSC pourraient partager : un comptable + un juriste + un responsable administratif + un informaticien + un chargé de communication + un responsable de mobilisation des ressources.
Au lieu de 20 petites organisations ayant chacune des coûts administratifs insoutenables, on crée un centre de services mutualisés.
5. Créer un Mécanisme National de financement participatif : La Société Civile doit également apprendre à mobiliser les Congolais eux-mêmes. Imaginez une plateforme numérique : « 1 Congolais – 1 contribution – 1 cause ».
Même une contribution mensuelle de 1 ou 2 dollars de milliers des citoyens pourrait créer une nouvelle source de financement indépendante. La diaspora pourrait devenir un acteur majeur de ce mécanisme.
(La suite dans nos prochaines livraisons).
La Rédaction 7 - +243815024838





