Dans le cadre de la Journée de réflexion organisée par Justice et Paix Congo (JPC), le mercredi 16 septembre 2026, autour du thème « Investir pour la paix inclusive afin de bâtir une RD Congo plus juste où règnent la compassion, l’égalité et la dignité pour tous et toutes », Emmanuel Kabengele Kalonji, Coordonnateur national du RRSSJ, avocat, criminologue (DEA en Sécurité Intérieure) et diplômé du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD), a planché sur “Le Dialogue Intercongolais pour la Sécurité Nationale et l’Autorité de l’État”. Dans son intervention, il a démontré que « la restauration de l’autorité de l’État ne se décrète pas depuis Kinshasa par la seule force des armes. Elle commence à la base par le rétablissement de la confiance entre le citoyen et ses institutions de justice, la redevabilité, la régulation foncière équitable, et la défense et la sécurité ».
Pour Emmanuel Kabengele, la restauration de l’autorité de l’État exige de dépasser la simple réponse militaire. Elle nécessite une refonte profonde du contrat social, une accélération de la Réforme du Secteur de Sécurité et de Justice (RSSJ), la concrétisation de la décentralisation et l’institutionnalisation d’un dialogue intercongolais permanent, inclusif et sincère entre toutes les forces vives de la Nation.

”L’analyse de l’environnement sécuritaire de la RDC met en évidence une détérioration marquée sur deux fronts complémentaires (l’occupation des pans entiers du territoire national par l’armée rwandaise et ses supplétifs AFC-M23 à l’Est du pays et l’insurrection de la milice Mobondo à l’Ouest, -NDLR-) démontrant les limites de l’approche exclusivement militariste et l’urgence d’une réponse stratégique globale. Et le prochain dialogue intercongolais annoncé est une opportunité de co-construction consensuelle de cette réponse stratégique globale”, a-t-il martelé.
Dans son analyse, le Coordonnateur national du RRSSJ dresse un bilan effarant des victimes de l’insécurité en République démocratique du Congo entre 2022-2025. Plus de 5 000 morts, plus de 280 000 déplacés. De leur côté, la CDJP et IPIS ont documenté au total 328 incidents sécuritaires majeurs dans le pays. Ces données prouvent certes que le combat pour le rétablissement de la paix et de la sécurité en RDC est loin d’être gagné. Plusieurs défis structurels de la réforme du secteur de sécurité et de justice doivent encore être surmontés pour espérer une paix durable dans le pays.
L’analyse approfondie conduite par le Réseau pour la Réforme du Secteur de Sécurité et de Justice (RSSSJ) révèle que la persistance de l’insécurité découle directement de l’état inachevé des réformes institutionnelles et du manque d’appropriation politique. Il s’agit de quatre réformes importantes, à savoir : la Réforme des Forces Armées (FARDC), la Réforme de la Police Nationale Congolaise (PNC), la Réforme des Services de Renseignements (ANR & DGM) et la Réforme de l’appareil judiciaire.

Pour les FARDC, souligne Emmanuel Kabengele, il faut impérativement mettre fin au Dysfonctionnement des structures de commandement. Bien que le personnel clé des nouvelles structures ait été nommé, les officiers et unités ne sont pas mis en conditions matérielles, sociales et opérationnelles d’exercer leurs charges.
Pour la PNC, le sous-financement du Plan d’Action Quinquennal (PAQ) endigue la mise en œuvre de la réforme, qui enregistre un rythme d’exécution tragiquement faible (à peine 3% d’exécution à ce jour). Le Coordonnateur national du RRSSJ a également pointé la lenteur dans l’extension de la Police de Proximité (PdP).
Pour l’ANR et la DGM, il est impératif d’adopter une loi-cadre réorganisant les services de renseignements civils, en transférant leurs compétences effectives de police judiciaire à la PNC, et en réorientant l’ANR vers la recherche documentaire, l’analyse stratégique et l’intelligence économique.
Pour la Justice, il faut absolument résoudre la crise de légitimité du système judiciaire en recréant la confiance entre les justiciables et les cours et tribunaux. Mais aussi, en comblant le déficit de couverture : sur 1 144 cours et tribunaux prévus par la Constitution, seuls 347 sont opérationnels en 2025 ( soit une couverture de 30% seulement), laissant d’immenses territoires sans présence judiciaire.

En sus de ces réformes majeures, Emmanuel Kabengele a insisté sur la poursuite de la décentralisation, qui doit à tout prix devenir effective, et sur la régulation des tensions coutumières qui minent la cohésion sociale à la base. Il a, par ailleurs, recommandé l’institutionnalisation des organes locaux de sécurité dont le rôle pour l’établissement du diagnostic sécuritaire participatif dans leurs entités respectives n’est plus à démontrer.
Pour finir, le Coordonnateur national du RRSSJ, a, d’une part, épinglé l’échec du processus DDR en soulignant que le P-DDRCS (Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation) souffre de lourdeurs bureaucratiques, d’absence d’approches socio-économiques durables et de modicité des financements ; et d’autre part, réaffirmé le rôle central de la Société Civile comme force citoyenne de proposition et de redevabilité.
La Rédaction 7 - +243815024838





