Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies en RDC (OCHA RDC) a publié le 17 juin 2025 un Rapport sur la situation humanitaire dans la province du Nord-Kivu. Ce rapport couvre la période du 1er au 31 mai 2025 et décrit une situation humanitaire très préoccupante dans la province. 1,81M personnes déplacées internes au 31 mai 2025, 2,01M personnes retournées au 31 mai 2025 et 4,19M personnes en insécurité alimentaire (juillet 2024-juin 2025).

OCHA RDC indique par ailleurs quelques faits saillants, notamment :
- Plus de 130 000 personnes nouvellement déplacées dans les territoires de Rutshuru et Lubero à cause des affrontements persistants ;
- Distribution alimentaire pour plus de 300 000 personnes le long des axes Sake-Bihambwe et Sake-Kitshanga ;
- Distribution de vivres à plus de 20 000 personnes retournées à Kingarame, territoire de Nyiragongo ;
- Assistance multisectorielle à plus de 30 000 personnes dans les centres collectifs autour de Goma ;
- Distribution d’articles ménagers essentiels à 18 000 personnes déplacées à Luotu, territoire de Lubero.
Le Rapport de OCHA RDC donne en outre un aperçu général de la situation par territoire.

Territoire de Rutshuru
Au cours du mois de mai, les affrontements persistants entre groupes armés se sont poursuivis dans plusieurs villages des zones de santé de Bambo, Birambizo et Kibirizi. Ces affrontements ont occasionné des vagues de déplacements de plus de 16 000 ménages (environ 96 500 personnes) vers les localités de Kizima, Kahe, Katsiru, Mulimbi, Rusekera, Luya, Bishusha, Kizimba, Kanaba et Kabizo.
Entre le 13 et le 24 mai, au moins huit personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées lors des combats autour de Katsiru, Kinjugu, Gambiriro, Kishishe, Bambo et Kojo. Les violences ont également endommagé plusieurs services et infrastructures de base, notamment le centre de santé de Rebero, soutenu par les partenaires humanitaires. Ce centre a été pillé, occasionnant la rupture des soins de santé pour plus de 8 400 habitants. Les explosions ont également détruit plusieurs habitations.
Entre le 27 et le 29 mai, des affrontements intenses ont poussé plus de 11 000 habitants de Marangaza vers les villages voisins. De nouveaux déplacements ont été également enregistrés vers Kanyabayonga et Kilambo, où les conditions restent extrêmement précaires. Ces incidents ont forcé deux organisations humanitaires à reporter des évaluations prévues, alors que la présence humanitaire reste très limitée dans les ZS de Bambo et Kibirizi.
Depuis le 26 mai, une clinique mobile a suspendu ses activités à Kihondo, privant plus 25 000 personnes de soins essentiels. La poursuite des violences compromet toute perspective de retour durable de plus 106 000 personnes déplacés installées dans les ZS de Bambo et Birambizo, selon les données CMP1 du 30 avril 2025.

Territoire de Masisi
La situation sécuritaire demeure instable dans les ZS de Masisi et Mweso, malgré une légère dynamique de retour depuis février 2025.
Le 8 mai, des combats ont éclaté à Lushebere, à 17 km au nord de Masisi-centre, puis se sont étendus aux villages voisins, provoquant le déplacement de plus de 3 000 personnes vers Bukombo, Buhangala, Loashi, Mukohwa et Masisi-centre.
Le 18 mai, les affrontements se sont intensifiés dans plusieurs villages autour de Mweso, causant la mort d’au moins quatre civils, l’incendie de maisons et la fuite de plus de 16 000 personnes vers Mweso, Kashuga et Kalembe.
Le 27 mai, douze corps ont été retrouvés dans la localité de Kiringi, probablement victimes des combats du 23 mai. Par ailleurs, le 2 mai, des violences à Kashovu, à la frontière de Walikale, ont aggravé la situation humanitaire déjà fragilisée par les déplacements. Malgré la vague de retours observée depuis février, plus de 300 000 personnes étaient toujours déplacées dans le territoire de Masisi au 30 avril, soit plus de 18 % de la population déplacée du Nord-Kivu.

Territoire de Beni
Le 3 mai, de nouveaux affrontements entre groupes armés ont éclaté à Kabweke, entraînant la fuite de plusieurs centaines de personnes vers les villages de Cantine et Mununze, au nord-ouest de Beni, ainsi que vers Njiapanda, Biakato et Makumo dans le territoire de Mambasa, en Ituri, à la frontière du Nord-Kivu. Les chiffres précis restent difficiles à établir en raison de l’accès limité et de la fluidité des mouvements de population. Par ailleurs, des sources locales ont signalé le retour d’éléments du groupe armé ADF dans la ZS d’Oicha, dans le nord-est du territoire, suscitant des inquiétudes quant à une résurgence des violences contre les civils. La situation est particulièrement critique le long de l’axe Oicha-Eringeti, notamment à Kilima Tatu, où la présence active des ADF entrave l’accès des populations à leurs champs et à leurs moyens de subsistance.

Territoire de Lubero
Le mois de mai a été marqué par une recrudescence des violences armées dans plusieurs localités de Lubero, entraînant une dégradation préoccupante de la situation humanitaire. Depuis le 2 mai, des affrontements entre les forces armées congolaises et des éléments d’un groupe armé non étatique ont éclaté dans la localité de Lunyasenge, située dans la ZS d’Alimbongo. Ces combats ont provoqué le déplacement forcé de 6 400 ménages, soit près de 32 000 personnes, principalement vers Lubero-centre, Kyavinyonge et Kasindi. Les activités économiques locales, notamment le secteur de la pêche, ont subi de graves perturbations dans les villages de Lunyasenge, Bukununu, Kisaka et Katundu, situés sur la rive nord du lac Édouard.
Dans la nuit du 8 au 9 mai, une incursion armée à Mambembe, dans la ZS de Biena, a fait au moins neufs civils tués. Cet incident est intervenu moins de 24 heures après une attaque similaire qui a fait 18 morts et plusieurs blessés à Fungula (ZS de Musienene).
Le 30 mai a marqué le début des opérations militaires conjointes des forces armées congolaises et ougandaises dans les secteurs de Matuna, Mathundu et Ekenye, à 65 kilomètres au sud-ouest de Butembo.
Les bombardements intensifs ont répandu un climat de peur au sein des populations de Butembo et environs, malgré les assurances de sécurité des autorités locales.

Territoire de Nyiragongo et Ville de Goma
En dépit de la relative accalmie observée au mois de mai à Goma et dans le territoire de Nyiragongo, la criminalité urbaine demeure préoccupante. Au moins 15 civils ont été tués lors d’attaques par des individus armés dans plusieurs quartiers. Les opérations de bouclage sécuritaire de la ville de Goma ont légèrement fait baisser la criminalité nocturne. En revanche, ces interventions ont aussi entraîné des arrestations arbitraires et des enlèvements signalés par la société civile. Le 10 mai, des hommes armés ont envahi une structure de santé, enlevant de force une trentaine de patients, marquant ainsi la quatrième intrusion des hommes en armes dans cet établissement depuis janvier 2025.
Par ailleurs, le 15 mai, le CICR a confirmé l’évacuation de 1 359 personnes, principalement des membres des forces armées congolaises et leurs dépendants, vers Kinshasa. Simultanément, le HCR a procédé au rapatriement de plus de 1 200 réfugiés rwandais dans leur pays.

Territoire de Walikale
La situation sécuritaire est restée tendue pendant le mois de mai dans la ZS de Pinga. Des violences ont éclaté le 18 mai dans la localité de Buleusa, forçant plus de 3 000 personnes à fuir vers Miriki et dans les forêts environnantes. Ces déplacements s’ajoutent à ceux du 8 mai à Rusamambu, où des affrontements
armés ont forcé les populations civiles à se réfugier à Bwito. Le nombre exact de déplacés reste encore inconnu. La persistance de ces tensions fait craindre une possible offensive sur Pinga, ce qui pourrait aggraver la situation de protection des civils, l’accès humanitaire et la discontinuité des services essentiels. En revanche, la stabilité relative observée depuis mars dans Walikale centre offre un répit temporaire aux populations locales.
La Rédaction 7





