Missions des Nations Unies en RDC : De l’ONUC à la MONUSCO, 66 ans d’échec systémique dans la construction de la paix en RDC. Analyse incisive de Fernandez Murhola, Praticien des Stratégies de Paix, de Prévention et de Résolution des Conflits
Dans sa Tribune de Doctrine Prospective du 5 octobre 2026, Fernandez Murhola dresse un bilan critique de 66 ans d’interventionnisme des Nations Unies en République Démocratique du Congo, de l’ONUC à la MONUSCO. Cette réflexion met en lumière l’échec structurel des missions onusiennes visant à stabiliser la région, et souligne la nécessité d’une souveraineté sécuritaire interne pour la République Démocratique du Congo. En dépit de plusieurs milliards de dollars américains dépensés, les opérations de maintien de la paix de l’ONU en RDC n’ont pas réussi à éradiquer les groupes armés, ni à mettre fin à la guerre. Les groupes armés sont toujours actifs, la guerre se poursuit, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut (plusieurs millions de morts et plus de 7,4 millions de déplacés internes, plus de 24 millions de Congolais sont confrontés à l’insécurité alimentaire, …), l’agression rwandaise se porte bien, des pans entiers du territoire national sont toujours occupés par l’armée rwandaise sous couvert de ses supplétifs AFC-M23. La paix et la sécurité sont encore un horizon lointain, un vœu pieux pour des millions de Congolais. Elles demeurent une perspective insaisissable, une illusion. Pour plusieurs millions de Congolais, en particulier ceux de l’est du pays, la paix n’est en effet qu’un concept abstrait face à une réalité quotidienne marquée par les conflits, les déplacements forcés, les massacres et l’insécurité chronique. Pour Fernandez MURHOLA, ce bilan alarmant soulève une question doctrinale majeure : comment expliquer qu’après des décennies d’engagement international, la République Démocratique du Congo demeure confrontée à une profonde vulnérabilité sécuritaire, territoriale et institutionnelle ? À travers sa Tribune, il avance quelques pistes pour sortir du cercle vicieux des opérations de paix onusiennes en République Démocratique du Congo.
D’entrée de jeu, Fernandez Murhola précise que la question ne consiste pas à nier les réalisations des Nations Unies. La MONUSCO a bel et bien protégé des populations, sécurisé des axes, soutenu des processus électoraux, accompagné le désarmement, fourni des capacités logistiques et contribué à réduire ponctuellement certaines violences. Mais, ces succès tactiques ne constituent pas nécessairement une victoire stratégique. L’enjeu véritable est donc de déterminer si l’assistance internationale a suffisamment produit ce qu’elle devrait finalement permettre : une capacité congolaise autonome à protéger les populations, à contrôler le territoire et à construire durablement la paix.
Une opération internationale peut empêcher temporairement une escalade sans être capable de supprimer les causes structurelles de la conflictualité. Elle peut protéger une population déplacée sans rendre possible son retour durable. Elle peut sécuriser une route sans reconstruire le réseau territorial qui permettrait à l’État d’administrer durablement cette région. L’expérience de Goma en 2012, comme celle de la Brigade d’intervention créée en 2013, illustre cette contradiction, peut-on dans la Tribune. Lorsqu’une mission internationale doit progressivement exercer des fonctions de plus en plus robustes de sécurité, elle risque de se rapprocher de fonctions qui devraient normalement relever des institutions nationales. Ce faisant, le problème n’est donc pas de demander davantage ou moins aux Casques bleus. Le véritable problème est de savoir combien de capacités congolaises durables sont produites au cours de chaque période de présence internationale.
C’est pourquoi, la Tribune propose ainsi de substituer à l’indicateur traditionnel de l’activité internationale un nouvel indicateur : le Coefficient de Souveraineté Transférée (CST). Ce coefficient permettrait d’évaluer notamment les infrastructures transférées, les personnels nationaux formés, les équipements remis aux institutions congolaises, les technologies appropriées, les systèmes d’alerte établis, les capacités judiciaires créées et les territoires devenus progressivement autonomes.

Pour l’auteur, le bilan ne peut pas être réduit aux budgets des opérations de paix. La véritable unité de mesure est l’être humain : Décès directs et indirects, déplacements forcés, violences sexuelles, destruction des moyens de subsistance, déscolarisation, effondrement des services sociaux, insécurité alimentaire et perte des patrimoines familiaux. Ces éléments constituent in fine des conséquences d’une conflictualité prolongée. Aussi, la question humanitaire doit donc changer de paradigme. Il ne suffit plus de demander : « Combien de personnes avons-nous assistées ? ». Il faut désormais demander : « Combien de personnes n’ont plus besoin d’assistance parce qu’elles ont retrouvé durablement sécurité, logement, terre, école, santé et activité économique ? ». La reconstruction devient ainsi une politique de sécurité.
Par ailleurs, la Tribune rappelle que la présence internationale ne supprime ni les agressions extérieures, ni la responsabilité des États. La jurisprudence de la Cour internationale de Justice concernant l’Ouganda, notamment la fixation en 2022 de 325 millions de dollars de réparations dues à la RDC, démontre à cet effet que la protection des populations doit être accompagnée de mécanismes judiciaires et diplomatiques de responsabilisation. De même, l’évolution récente de la crise dans l’Est de la RDC montre que la sécurité collective ne peut être dissociée de la question des responsabilités régionales, du contrôle des flux militaires et économiques, de la traçabilité des ressources naturelles et de l’application effective des décisions du Conseil de sécurité. Ainsi la paix, estime Fernandez MURHOLA, ne peut être durable si les causes et les acteurs de la violence ne sont pas traités par le droit.
Face aux échecs des opérations de maintien de la paix en RDC, la MONUSCO doit-elle plier bagage et partir ? À cette question, Fernandez Murhola écarte deux extrêmes : le retrait précipité créant un vide sécuritaire et la prolongation indéfinie d’une présence de substitution. Il propose une troisième voie : la transition vers la souveraineté. Cette transition doit être organisée autour de six principes :
➡️ Pas de vide sécuritaire ;
➡️ Pas de renouvellement mécanique ;
➡️ Transfert des infrastructures et équipements ;
➡️ Transfert des données, connaissances et technologies ;
➡️ Responsabilité nationale dans la reconstruction des capacités ;
➡️ Maintien d’un partenariat international transitoire.
Donc, la MONUSCO ne doit ni partir brutalement, ni rester indéfiniment.
Pour ce faire, la Tribune propose un Plan Marshall RDC 2026-2040 de 100 milliards de dollars pour financer la sortie de crise. Ce plan s’articule autour de cinq grandes priorités :
▶️ 40 milliards USD pour la sécurité et la défense ;
▶️ 15 milliards USD pour la justice, la vérité et les réparations ;
▶️ 20 milliards USD pour le retour, la réinstallation et la reconstruction ;
▶️ 20 milliards USD pour les infrastructures de souveraineté ;
▶️ 5 milliards USD pour la gouvernance et l’État de droit.
Ce financement devrait être soumis à une traçabilité stricte, à l’audit indépendant, au contrôle parlementaire et juridictionnel ainsi qu’à des indicateurs publics de résultats. Chaque dollar international investi en RDC doit, en effet, produire soit une protection immédiate, soit une capacité congolaise durable.
En conclusion, la MONUSCO doit partir, mais elle ne doit pas laisser un vide. Elle doit laisser des institutions, des infrastructures, des données, des compétences, des systèmes d’alerte, des moyens logistiques et surtout une capacité congolaise renforcée à protéger sa propre population.
La Rédaction 7 - +243815024838





