Dans sa Déclaration mémorielle publiée le 28 octobre 2026, à l’occasion du 30ème anniversaire du mois noir d’octobre 1996, au cours duquel l’armée rwandaise (APR) a commis sur le territoire congolais de graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, Fernandez MURHOLA, Défenseur du Droit International des Droits de l’Homme, dénonce la complicité notoire de la communauté internationale. Le Rapport Mapping de l’ONU,́ publié en octobre 2010 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) est formel : entre mars 1993 et juin 2003, de plus graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire ont été commises en République Démocratique du Congo (RDC). 617 incidents documentés constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Le Rapport avance même l’hypothèse d’un génocide. D’autant plus que les attaques systématiques de l’armée rwandaise (APR) contre les Hutus en 1996-1997 présentent des éléments qui, s’ils étaient prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crime de génocide. Aussi, le rapport met en lumière le recours systématique aux viols collectifs et aux mutilations sexuelles, utilisés comme une véritable arme de guerre pour détruire le tissu social. Malheureusement, 16 ans plus tard depuis la publication de ce Rapport, aucune de ses recommandations n’a jamais été pleinement mise en œuvre à l’échelle internationale. Pour l’auteur de la Déclaration, la Communauté Internationale a vu, su, et a laissé faire. Sa responsabilité est totalement engagée. Trente ans après, nous refusons l’effacement du crime, nous exigeons la vérité et la justice.
Dès l’entame de sa Déclaration, Fernandez MURHOLA brosse un rappel historique visant à éclairer la lanterne de l’opinion sur la tragédie. Le mois noir d’octobre 1996 n’est pas une “crise” des Grands Lacs. C’est une invasion, une agression armée, planifiée, préparée et exécutée depuis Kigali contre le Zaïre souverain, aujourd’hui la République Démocratique du Congo. Derrière le masque de l’AFDL, il y avait l’Armée Patriotique Rwandaise (APR). Derrière les discours sur la sécurité, il y avait un projet de dépeçage. Derrière les cartes d’état-major, il y avait des fosses communes. Aussi, il y avait des êtres humains : des Congolais éventrés à Lemera, des réfugiés brûlés vifs à Kakumbukumbu, des femmes et des enfants fauchés à Rushima, un Archevêque Catholique assassiné à Bukavu. Ainsi, précise-t-il, nous ne commémorons pas une guerre, nous accusons une agression. Nous ne demandons pas la pitié, nous exigeons la responsabilité. Cette Déclaration Mémorielle distingue les peuples des régimes criminels. Elle ne vise pas le peuple Rwandais, victime lui-même du génocide de 1994. Elle vise l’appareil politico-militaire Rwandais, sa chaîne de commandement, et la Communauté Internationale qui a vu, su et laissé faire.
Chronique d’une extermination documentée. Un mois d’octobre noir pour les réfugiés hutus et les civils zaïrois
Fernandez MURHOLA dresse ici la chronologie des massacres et crimes commis au nez et à la barbe de la communauté internationale par l’APR et les FAZ. Tous les faits rapportés sont tirés du Rapport Mapping ONU, paragraphes 20 à 77.
1. Le 6 octobre — Kidoti et Lemera : le premier sang versé
À Kidoti (Uvira), plus de 50 civils massacrés par les unités Banyamulenge/Tutsi infiltrées depuis le Rwanda. Certains d’entre eux ont été exécutés après avoir été forcés de creuser leurs propres tombes.
À Lemera, crime de guerre caractérisé : 37 personnes assassinées dans un hôpital, dont personnel soignant, malades et soldats FAZ blessés. Hôpital pillé puis détruit.
2. Le 10 octobre — Bukavu, Panzi et SNCZ : l’épuration
Représailles des FAZ (armée zaïroise) : plusieurs centaines de Banyamulenge, femmes et enfants, exécutés à Panzi et à la SNCZ. Nous condamnons ce crime sans ambiguïté. La barbarie d’un camp ne blanchit jamais la barbarie de l’autre. Toute victime est sacrée.
3. Du 13 au 21 octobre — La Plaine de la Ruzizi : la chasse aux réfugiés
Après la création artificielle de l’AFDL le 18 octobre 1996 à Kigali, l’AFDL/APR/FAB lancent l’offensive d’anéantissement des camps des Réfugiés Hutu :
▪ ︎ Itara I et II (Luvungi) : au moins 100 réfugiés exterminés
▪︎ Kanganiro : réfugiés massacrés jusque dans l’hôpital du camp
▪︎ Rubenga : civils zaïrois et réfugiés fauchés en fuyant vers le Burundi
▪︎ Lubarika : massacres puis populations locales forcées d’enterrer les corps dans 4 fosses communes
▪︎. Kakumbukumbu : 30 réfugiés brûlés vifs dans une maison
▪︎. Luberizi/Mutarule : 370 réfugiés exterminés à Luberizi
4. Le 22 octobre — Le Ravin de Rushima : 550 morts en un jour
Environ 550 Réfugiés hutu Rwandais, désarmés, ont été massacrés dans le ravin de Rushima. Le Mapping documente la ruse : entre le 27 octobre et le 1er novembre, d’autres réfugiés y sont conduits sous promesse de rapatriement, puis exécutés.
5. À partir du 25 octobre — Uvira : la ville martyr
Prise d’Uvira par l’AFDL/APR. Plusieurs centaines de personnes exécutées, réfugiés et civils zaïrois accusés d’être Mayi-Mayi. La prise d’une ville n’est jamais un permis de tuer.
6. Fin octobre — Mboko et Abala-Ngulube : l’horreur absolue
À Mboko (Fizi), 27 civils, femmes et enfants, massacrés en pirogues sur le Lac Tanganyika en fuyant vers la Tanzanie.
À Abala-Ngulube, 101 civils de l’Église Malikia wa Ubembe exécutés, certains brûlés vifs dans l’église où ils priaient.
7. Les 29-30 octobre 1996 — Bukavu et l’assassinat de Mgr Christophe Munzihirwa
Plus de 450 Civils exécutés à Bukavu. Le 29 octobre, l’APR/AFDL assassine Mgr Christophe Munzihirwa, Archevêque de Bukavu, avec son chauffeur et son garde du corps. Ce n’est pas un dommage collatéral, c’est l’assassinat d’une conscience qui dénonçait l’invasion.

Face à ces crimes imprescriptibles, Fernandez MURHOLA dénonce le silence de la communauté internationale. Quand on finance, arme, forme et légitime une armée, tout en sachant – preuves de l’ONU à l’appui – qu’elle commet des crimes de guerre, on n’est plus spectateur. On est complice par aide et assistance au sens de l’Article 16 du Projet de la CDI sur la Responsabilité des États, a-t-il précisé.
Par voie de conséquence, il exige :
1. Vérité Totale : Inventaire complet, localité par localité, des massacres d’octobre 1996, avec noms des victimes.
2. Preuves Matérielles : Cartographie et protection médico-légale immédiate de toutes les fosses communes de Kidoti à Bukavu.
3. Responsabilité Pénale du Rwanda : Ouverture d’enquêtes sur la chaîne de commandement APR, de Kigali au ravin de Rushima. Levée du secret défense Rwandais sur ses interventions militaires en RDC de 1996 à 2026.
4. Responsabilité de la Communauté Internationale : Audit public des soutiens militaires, financiers et diplomatiques apportés au Rwanda de 1996 à 2026 et déclassification des archives ONU, USA, UK, Belgique, France.
5. Justice pour les Victimes : Mécanisme judiciaire hybride ou international pour juger les crimes de 1993-2003 documentés par le Rapport Mapping de l’ONU.
6. Réparations et Mémoire : Fonds international de réparation géré par les victimes, pas par les bourreaux, et inscription du mois d’octobre 1996 dans le Curriculum National Congolais.
La Rédaction 7 - +243815024838





