Stabilité régionale des frontières : Fernandez Murhola propose une refonte totale de la politique congolaise de gestion des frontières, en préconisant la création d’un Haut-Commissariat national aux frontières
Dans sa nouvelle Tribune géopolitique intitulée « Doctrine de Stabilité Régionale Transfrontalière : Étude analytique, stratégique et prospective pour une paix durable dans l’espace sécuritaire de la RDC et de ses neuf pays voisins », Fernandez MURHOLA, Défenseur du Droit International des Droits de l’Homme, Praticien des stratégies de paix, de prévention et de résolution des conflits, propose une refonte de la politique congolaise de gestion des frontières. Outre la création du Haut-Commissariat national aux frontières, il recommande de renforcer le cadre constitutionnel de la coopération transfrontalière, d’organiser un Sommet à Kinshasa des dix États, de structurer la sécurité frontalière, de développer les corridors économiques, de documenter systématiquement les violations du droit international, de créer l’Atlas national des frontières, de réglementer la transhumance, d’instituer une Direction générale des frontières et des contentieux territoriaux, et de consacrer une doctrine de « paix ferme », combinant souveraineté, droit, prévention, vérification, dissuasion et coopération.
Partant de la position géographique exceptionnelle de la République démocratique du Congo, qui partage ses frontières avec neuf États, l’auteur considère les frontières non plus comme de simples lignes administratives, mais comme des espaces stratégiques de souveraineté, de sécurité, de mobilité, de développement et de coopération régionale.
De la réaction à la prévention
La Tribune part du constat que trois décennies de crises régionales ont démontré les limites d’une gestion essentiellement réactive des conflits. Elle défend ainsi le passage d’une logique de réaction aux crises à une Doctrine d’État de prévention frontalière permanente, fondée sur le droit international, l’alerte précoce, la vérification, la diplomatie préventive et la coopération.
Cette doctrine repose sur six piliers : gouvernance intégrée des frontières, diplomatie préventive permanente, règlement pacifique et juridictionnel des différends, sécurité collective et vérification, développement économique des zones frontalières, et coopération régionale dans la gestion des mobilités transfrontalières.

Une nouvelle architecture institutionnelle
Parmi les principales propositions contenues dans la Tribune figure la création d’un Haut-Commissariat national aux frontières, chargé de coordonner les administrations concernées, de centraliser l’information, de suivre les incidents transfrontaliers, de préparer les négociations bilatérales et de produire un rapport annuel sur l’état des frontières de la RDC.
La Tribune préconise également la mise en place de neuf Commissions mixtes permanentes de coopération frontalière ; une avec chacun des pays voisins, ainsi qu’avec neuf secteurs stratégiques de planification de la sécurité frontalière, sans duplication des structures existantes, et s’appuyant sur une chaîne intégrée de renseignements, d’alerte et de réponse.
Une diplomatie frontalière fondée sur le droit et la preuve
Pour l’auteur, la prévention ne constitue ni une faiblesse ni une renonciation à la souveraineté. Elle traduit au contraire la capacité d’un État à identifier, documenter, qualifier juridiquement et désamorcer un différend avant qu’il ne dégénère en crise militaire.
La Tribune propose à cette fin un système national de documentation des incidents, associant géolocalisation, imagerie satellitaire, systèmes d’information géographique, bases de données et mécanismes indépendants de vérification. L’objectif est d’établir une véritable « chaîne de preuve géospatiale », permettant de passer de l’incident allégué à l’incident vérifié, puis à son attribution, sa qualification juridique et son traitement par le mécanisme compétent.
Des politiques différenciées pour les neuf frontières
La Doctrine refuse une approche uniforme pour les neuf frontières congolaises. Elle propose une matrice dynamique des risques intégrant les dimensions sécuritaire, territoriale, économique, humanitaire et migratoire en tenant compte des spécificités de chaque pays voisin. Ainsi, les frontières orientales et nord-orientales — notamment avec le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et le Soudan du Sud — nécessitent une vigilance particulière fondée sur les faits documentés et les mécanismes de vérification. Tandis que les frontières, notamment avec l’Angola, la Zambie et la Tanzanie, offrent quant à elles d’importantes possibilités d’intégration économique, logistique et commerciale.
L’enjeu consiste donc à adapter la stratégie congolaise à la nature de chaque frontière plutôt qu’à appliquer une politique sécuritaire uniforme.
Transformer les frontières en corridors de prospérité
Par ailleurs, la Tribune défend une conception intégrée de la sécurité : « SÉCURISER – CONNECTER – PRODUIRE ». Le développement des zones frontalières doit accompagner la sécurisation à travers la modernisation des postes-frontières, les marchés transfrontaliers, les guichets uniques, la numérisation douanière, la facilitation du commerce local et la création de corridors économiques.
Selon cette approche, la frontière doit simultanément être une ligne de souveraineté, un espace de sécurité, un corridor économique et une zone de coopération humaine.
Le dossier de la transhumance : responsabilité individuelle et non culpabilité collective
La Tribune accorde une attention particulière à la transhumance transfrontalière et au dossier Mbororo. Elle insiste sur une précaution méthodologique : une communauté ne peut être assimilée collectivement à une menace sécuritaire. La réponse appropriée repose sur la réglementation des mouvements pastoraux, la création de couloirs de transhumance contrôlée, l’identification du bétail, le contrôle sanitaire et la répression individualisée des violations, notamment en matière de port ou de circulation illicite des armes.
Le principe directeur, clairement formulé, est : « responsabilité individuelle pour l’acte individuel, jamais culpabilité collective pour l’appartenance communautaire ».

En conclusion, la thèse centrale de la Tribune se résume en une transformation doctrinale : la RDC ne doit plus seulement réagir aux crises frontalières ; elle doit les prévenir, documenter ses frontières, les protéger et les gouverner en permanence.
Cette vision est explicitée par six verbes d’action : DÉLIMITER, DOCUMENTER, PRÉVENIR, SÉCURISER, COOPÉRER et DÉVELOPPER.
C’est dire que la Doctrine de Stabilité Régionale Transfrontalière proposée par Fernandez MURHOLA entend ainsi inscrire la politique congolaise des frontières dans une logique de paix ferme par le droit, la prévention, la vérification, la dissuasion et la coopération, avec pour finalité de transformer progressivement les frontières de la RDC, aujourd’hui trop souvent perçues comme des espaces de vulnérabilité, en interfaces de souveraineté, de sécurité, d’intégration régionale et de prospérité partagée.
La Rédaction 7 - +243815024838





